En 2024, plus de 180 000 accidents corporels ont eu lieu sur les routes françaises, selon les données relayées par La Banque Postale d’après l’ONISR. Parmi eux, 3 432 personnes sont décédées (source : ONISR, bilan définitif 2024). Dans la grande majorité des cas, le premier adulte sur place n’a aucune formation récente aux premiers secours. C’est peut-être vous, demain matin, sur le chemin de l’école.
Les premières minutes comptent. Agir dans le bon ordre peut changer l’issue. Un geste mal placé, même bien intentionné, peut aggraver l’état d’une victime. Ce qui suit est un protocole d’action, pas une théorie.
Protéger, alerter, secourir – dans cet ordre
L’ordre n’est pas arbitraire. Si vous devenez vous-même victime en fonçant vers un blessé, les secours auront deux personnes à prendre en charge au lieu d’une. La logique est simple : on ne peut aider personne en s’exposant.
1. Sécuriser la zone
Avant de s’approcher, regardez ce qui peut tuer ou blesser : un véhicule qui arrive, un risque d’incendie, du carburant qui coule, un câble électrique tombé. Sur la route, coupez le moteur de votre voiture, mettez les warnings, enfilez votre gilet de sécurité (obligatoire en France dans tout véhicule), et posez le triangle de présignalisation en amont de l’accident – à une distance suffisante pour que les autres conducteurs puissent réagir avant d’arriver sur les lieux. Sur un trottoir ou à la maison, écartez les curieux, fermez le gaz si l’odeur est présente, ne touchez à rien d’électrique.
Si un danger immédiat (incendie déclaré, sur-accident imminent) rend l’endroit impossible à sécuriser, déplacer une victime peut devenir acceptable. Dans ce cas uniquement : soutenez la tête et la nuque en un bloc, et déplacez-la en ligne droite, sans torsion.
2. Alerter les secours
Appelez avant d’agir sur la victime, sauf si elle est en arrêt cardiaque – dans ce cas, démarrez le massage en même temps qu’une autre personne appelle, ou activez le haut-parleur de votre téléphone.
Trois numéros à retenir :
- 15 – le SAMU, pour les urgences médicales
- 18 – les pompiers, pour tout accident avec blessés, incendie ou désincarcération
- 112 – le numéro d’urgence européen, joignable depuis n’importe quel téléphone, même sans réseau habituel, même sans carte SIM
En pratique, sur la route en France, le 15 ou le 18 suffisent. Le 112 est utile si vous êtes à l’étranger ou si votre opérateur ne passe pas.
Quand le régulateur décroche, donnez dans cet ordre : où vous êtes (commune, rue, numéro de route, repère visible), ce qui s’est passé (accident de voiture, chute, malaise), combien de victimes et leur état apparent (consciente, inconsciente, qui respire ou non). Ne raccrochez pas tant qu’on ne vous y invite pas : le régulateur peut vous guider en temps réel.
3. Porter assistance
Une fois la zone sécurisée et les secours alertés, approchez-vous de la victime. Ce que vous faites à ce stade dépend de son état.
Quoi faire selon l’état de la victime
La victime est consciente
Elle répond, elle parle. Parlez-lui pour la rassurer, dites-lui que les secours arrivent. Ne la déplacez pas. Ne lui donnez rien à manger ni à boire, même si elle le demande : une opération peut être nécessaire, et l’estomac vide est une condition que les médecins imposent. Gardez-la immobile et au chaud si possible jusqu’à l’arrivée des secours.
La victime est inconsciente et respire
C’est là que la Position Latérale de Sécurité (PLS) entre en jeu. Elle permet d’éviter qu’une personne inconsciente s’étouffe avec sa langue ou ses vomissements.
Pour mettre quelqu’un en PLS :
- Agenouillez-vous à côté d’elle.
- Placez le bras le plus proche de vous à angle droit, coude plié, paume vers le haut.
- Ramenez l’autre bras en travers de la poitrine, et posez le dos de sa main contre sa joue côté sol.
- De l’autre main, soulevez le genou éloigné pour faire basculer doucement la victime vers vous.
- Ajustez la tête en arrière pour dégager les voies aériennes. Vérifiez que la bouche est légèrement ouverte vers le bas.
Restez là, surveillez sa respiration, et attendez les secours.
La victime ne respire pas
Le massage cardiaque devient la priorité. Si un défibrillateur est accessible à proximité (beaucoup de lieux publics en sont équipés), envoyez quelqu’un le chercher pendant que vous commencez les compressions. Le régulateur du 15 ou du 18 peut vous guider sur la technique en temps réel. Pour un enfant en bas âge, les gestes diffèrent en intensité et en rythme : suivez impérativement les instructions du SAMU au téléphone plutôt que d’improviser.
Ce qu’il ne faut surtout pas faire
- Déplacer une victime inconsciente sans raison de sécurité immédiate : une lésion de la colonne cervicale peut être aggravée.
- Retirer un casque de moto seul : ce geste requiert deux personnes formées pour maintenir la tête et le cou en axe. Seul, vous risquez de provoquer une paralysie.
- Donner à boire ou à manger, même à une victime consciente.
- Laisser une victime inconsciente sur le dos sans surveillance si elle respire : elle peut s’étouffer.
Checklist : Protéger – Alerter – Secourir
| Étape | Actions | À ne pas faire |
|---|---|---|
| Protéger | Évaluer le danger, warnings + gilet + triangle sur route, écarter les curieux | Foncer vers la victime sans regarder l’environnement |
| Alerter | 15, 18 ou 112 – donner lieu, nature, nombre de victimes, état | Raccrocher avant d’y être invité |
| Secourir | Consciente : rassurer, immobiliser. Inconsciente + respire : PLS. Ne respire pas : massage cardiaque + défibrillateur | Déplacer, donner à boire, retirer un casque seul |
Numéros d’urgence : 15 (SAMU) · 18 (Pompiers) · 112 (Européen, sans réseau ni carte SIM)
Sauvegardez cette page en capture d’écran sur votre téléphone, ou imprimez la checklist pour la mettre dans la boîte à gants. Et si vous voulez aller plus loin, la formation PSC1 (Prévention et Secours Civiques de niveau 1) s’apprend en une journée et couvre tous ces gestes en pratique – c’est une demi-journée de votre temps qui peut changer l’issue d’un accident impliquant vos enfants ou n’importe qui d’autre.