La crise du Centre Parents-enfants du CHAUR : quand les effectifs infirmiers ne suffisent plus

Centre Parents-enfants du CHAUR: «Le bateau est en train de couler»

Au Centre Parents-enfants du CHAUR à Trois-Rivières, les infirmières parlent ouvertement d’un service en train de couler. Pas de langue de bois, pas de diplomatique : des chiffres concrets qui traduisent une usure réelle. Entre mai et juillet 2026, 2389 heures supplémentaires ont été accumulées — plus de 1000 heures de plus que la même période en 2025. Quand un service accumule ces volumes en trois mois, ce n’est jamais un ajustement temporaire. C’est un cri.

Quel est l’état réel de la situation au Centre Parents-enfants du CHAUR?

Le service accueille des enfants hospitalisés et leurs parents. Il fonctionne normalement avec un effectif défini. Actuellement, 14 infirmières manquent à l’appel. Pas des postes vacants depuis des années qu’on a appris à contourner : des places qui devraient être occupées et qui ne le sont pas. Les cinq infirmières qui se sont confiées au Nouvelliste en août 2026 décrivent une charge de travail qui dépasse ce que le cadre horaire peut absorber. Elles accumulent les heures supplémentaires non par choix, mais parce que le travail s’accumule. Les parents arrivent avec leurs enfants, et quelqu’un doit être là.

Manque de personnel : les chiffres qui témoignent d’une urgence

Voici ce que disent les données :

  • 14 infirmières manquent au service
  • 2389 heures supplémentaires entre le 1er mai et le 24 juillet 2026
  • Hausse de plus de 1000 heures comparée à la même période en 2025
  • Augmentation d’environ 42 % des dépassements horaires d’une année sur l’autre

Pour situer le problème : une infirmière travaille environ 1700 heures par an. Les 2389 heures supplémentaires en trois mois, c’est l’équivalent de plus d’une année complète de travail en surcharge pour le service. Ces heures ne se compensent pas par des repos, elles s’accumulent. Et les infirmières les font parce qu’elles ne peuvent pas laisser les lits vides.

Pourquoi les mesures prises jusqu’à présent restent insuffisantes?

La direction du CHAUR a mis en place des quarts de travail de 12 heures. Sur le papier, c’est une flexibilité. En réalité, quand le manque de personnel est structurel, ajouter de la flexibilité ne résout rien — cela redistribue juste la charge. Le syndicat a déposé un grief collectif et engage des discussions pour une autogestion des horaires. Mais une autogestion des horaires quand il y a 14 postes non pourvus, c’est comme aménager les chaises longues sur un navire qui coule. Patricia Mailhot, présidente syndicale, a porté ces demandes auprès de la direction. Les réponses reçues jusqu’à présent ne comblent pas l’écart.

Le vrai problème, c’est que les mesures d’organisation ne remplacent pas des infirmières. Vous pouvez optimiser les horaires, mais vous ne pouvez pas faire travailler trois personnes à la place de deux sans conséquences.

Retours des infirmières : ce que disent celles en première ligne

Les cinq infirmières qui ont parlé au journal mettent des mots sur l’épuisement. Elles décrivent une réalité où finir sa journée à l’heure n’est pas garanti. Où les pauses s’écourtent. Où la charge mentale s’accumule parce qu’on sait qu’il y a trop à faire et pas assez de bras. Elles ne demandent pas l’impossible : elles demandent que le nombre de lits corresponde au nombre de professionnels présents.

C’est collectif, ce n’est pas une plainte individualisée. Elles se sont mobilisées ensemble via leur syndicat précisément parce que le problème concerne tout le monde. Quand une infirmière parle à la presse, c’est qu’elle a épuisé les canaux internes.

Quels enjeux se cachent derrière cette désorganisation pour les patients et les familles?

Les parents qui arrivent au Centre Parents-enfants du CHAUR ont besoin d’être rassurés. Leur enfant est hospitalisé. Ils cherchent une équipe calme, disponible, capable d’expliquer ce qui se passe. Quand l’effectif manque, le temps consacré à chaque parent baisse. Les infirmières gèrent les soins médicaux, mais elles n’ont plus le temps de répondre aux questions ou de créer ce lien rassurant. La qualité des soins se dégrade non par manque de compétence, mais par manque de temps.

Il y a aussi un enjeu de sécurité. Un service surchargé, c’est un service où les erreurs augmentent, où la fatigue crée des failles. Vous demander si votre enfant reçoit les soins appropriés alors que l’équipe fonctionne en régime d’urgence permanent n’est pas une préoccupation paranoia : c’est une question légitime.

Cette crise n’est pas nouvelle. Elle s’accumule depuis des mois. Le CHAUR doit recruter, recruter vraiment, pas repenser l’autogestion des horaires. Les parents et les infirmières attendent les mêmes chose : qu’il y ait assez de monde, au bon moment, pour faire le travail sans sacrifier personne.