Don de sperme en France : qui peut en bénéficier, combien de temps attendre et comment donner

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Depuis la loi de bioéthique du 2 août 2021, la PMA avec don de sperme est ouverte en France aux femmes seules, aux couples de femmes et aux couples hétérosexuels. Le point d’entrée unique reste le réseau des 29 CECOS (Centres d’Étude et de Conservation des Œufs et du Sperme humains), répartis sur le territoire. Le délai d’attente moyen national est d’environ 17,7 mois selon l’Agence de la Biomédecine, mais cette moyenne cache des écarts importants : en outre-mer, l’attente atteint en moyenne deux ans dans les départements disposant d’un CHU. Le don est gratuit, et tout paiement de spermatozoïdes est une infraction pénale.

Qui peut recevoir un don aujourd’hui

Avant août 2021, seuls les couples hétérosexuels pouvaient accéder à un don de sperme en France. Depuis cette date, l’éligibilité s’est élargie : une femme seule, un couple de femmes ou un couple hétérosexuel peuvent tous formuler une demande auprès d’un CECOS. La seule condition commune est d’être résident en France.

Le CECOS est le seul interlocuteur légal pour cette démarche. Il n’existe pas de liste d’attente nationale centralisée à rejoindre depuis chez soi : chaque CECOS gère ses propres inscriptions, et les délais varient d’un établissement à l’autre selon le nombre de candidats au don et la demande locale. Si vous résidez dans un département sans CECOS, vous devrez vous rattacher à un centre d’une autre région, ce qui peut allonger les démarches administratives et compliquer le suivi.

Le don est encadré par le principe du gratuit et de l’anonymat partiel — on y revient plus loin. Obtenir des spermatozoïdes contre rémunération est passible de cinq ans d’emprisonnement (article 511-9 du Code pénal). Les plateformes de mise en relation entre particuliers qui monnayent un don sont illégales en France, quels que soient les termes utilisés pour le décrire.

L’attente réelle : pourquoi 17,7 mois en moyenne, et parfois bien plus

La donnée qui oriente le plus concrètement un projet parental est celle-là : au moment de planifier, il faut compter sur une attente qui démarre à l’inscription au CECOS et se termine à la mise à disposition des paillettes — pas au début de la PMA proprement dite. La durée de la tentative de PMA s’ajoute ensuite.

Derrière cette moyenne de 17,7 mois, la tension du système est structurelle. Fin 2025, 8 730 personnes attendaient un don de spermatozoïdes pour seulement 1 015 candidats au don, selon l’Agence de la Biomédecine. Pour absorber la demande, il faudrait au moins 1 400 donneurs par an ; en 2023, seuls 676 avaient effectivement donné. Le ratio est net : la demande croît plus vite que l’offre depuis l’ouverture de la PMA en 2021.

Un facteur aggravant est entré en vigueur en avril 2025 : depuis cette date, seules les paillettes issues de donneurs ayant consenti au nouveau régime d’accès aux origines peuvent être distribuées. Les stocks constitués avant septembre 2022, sous l’ancien régime d’anonymat total, ont été écartés, même s’ils étaient disponibles physiquement. Ce changement a réduit temporairement la disponibilité des paillettes utilisables, ce qui peut peser sur les délais des personnes inscrites depuis peu.

Le signal le plus révélateur de cette tension est peut-être l’explosion des importations de gamètes étrangers : 3 entre 2021 et 2023, 17 en 2024, 98 en 2025 selon franceinfo. Les CECOS ont recours à des banques de sperme étrangères pour compenser partiellement la pénurie nationale.

Si vous voulez estimer votre délai réel, la variable principale est votre territoire de résidence : renseignez-vous directement auprès du CECOS le plus proche sur ses délais actuels, qui peuvent s’écarter significativement de la moyenne nationale.

Ce que signifie devenir donneur

Pour un homme qui envisage de donner, les conditions d’éligibilité sont les suivantes :

  • Être en bonne santé générale
  • Avoir entre 18 et 44 ans
  • Se soumettre à un bilan médical préalable (caryotype, sérologies IST notamment)
  • Accepter une quarantaine obligatoire de six mois minimum pour les paillettes avant leur mise à disposition
  • Consentir à ce que l’enfant né du don puisse accéder à son identité à sa majorité

Ce dernier point mérite qu’on s’y arrête. Depuis le 1er septembre 2022, tout homme qui donne son sperme en France sait que l’enfant pourra, à 18 ans, demander à connaître son identité et ses données non identifiantes. Ce n’est pas une option : c’est une condition du don. Les donneurs qui avaient donné sous l’ancien régime d’anonymat total — avant cette date — n’ont pas été contactés rétroactivement, mais leurs paillettes ne peuvent plus être utilisées depuis avril 2025, précisément parce qu’elles ne respectent pas ce nouveau cadre.

Cette règle a profondément modifié le profil du donneur type : celui qui s’engage aujourd’hui le fait en sachant qu’il pourrait un jour être contacté par un adulte né de son don. C’est une décision personnelle importante, à prendre avant de contacter un CECOS.

La loi fixe à 10 le nombre maximum de naissances issues d’un même donneur.

La quarantaine de six mois explique aussi pourquoi le processus ne produit pas de résultats immédiats du côté de l’offre : un homme qui se présente au CECOS en janvier ne contribue pas aux distributions avant juillet au plus tôt, après validation de tous les examens. C’est l’une des raisons pour lesquelles augmenter rapidement le nombre de donneurs ne résout pas la pénurie à court terme.

Par où commencer, selon votre situation

Le premier geste concret est le même pour les receveurs et les donneurs potentiels : contacter un CECOS. La liste des 29 centres est disponible sur le site de l’Agence de la Biomédecine. Si vous envisagez une maternité ou une structure hospitalière particulière, vérifiez qu’elle est associée à un CECOS, ou quel centre couvre votre secteur géographique.

Si vous êtes receveur : lors du premier contact, demandez le délai d’attente actuel dans ce centre spécifique – pas la moyenne nationale – et renseignez-vous sur les pièces nécessaires à l’inscription. Ajoutez à ce délai le temps du parcours PMA lui-même pour construire un calendrier réaliste.

Si vous envisagez de donner : appelez directement le CECOS le plus proche pour un premier rendez-vous d’information. Vous n’avez aucune décision à prendre avant cet entretien, mais vous devez partir avec une réponse claire sur la règle d’accès aux origines, parce qu’elle change la nature de l’engagement. Seul 18 % des Français se disent suffisamment informés sur le don de gamètes, selon un rapport de la Cour des comptes de janvier 2024 – un premier appel suffit à changer ça pour vous.