Quels moyens pour prévenir la violence à la télévision

quels moyens pour prevenir la violence a la television

Vous laissez la télé allumée le temps de préparer le dîner, et d’un coup une scène que vous n’auriez pas choisie apparaît à l’écran. La réaction est classique : on se demande ce que les chaînes sont censées filtrer, ce que l’autorité de régulation contrôle, et ce qui reste à votre charge. La réponse tient en une phrase : une partie de la protection existe déjà, mais elle ne fonctionne pleinement que si la famille s’en sert.

Trois acteurs, et le vôtre est décisif

Selon l’ARCOM, le dispositif repose sur trois acteurs. Les éditeurs de chaînes classent eux-mêmes leurs programmes. L’ARCOM (qui a remplacé le CSA le 1er janvier 2022) contrôle et sensibilise. L’entourage familial, lui, doit respecter la signalétique : c’est à lui de regarder le pictogramme et d’en tenir compte. Rien ne bloque automatiquement un film déconseillé sur votre écran. Si personne à la maison ne lit le pictogramme, la protection reste théorique.

Pourquoi s’en soucier ? Un rapport pédiatrique (CHUSJ) avance qu’un enfant moyen voit 12 000 actes violents à la télévision chaque année et que plus de 1 000 études associent une exposition massive à une hausse des comportements agressifs, surtout chez les garçons. Ces chiffres viennent d’un contexte qui n’est pas précisé comme français : à prendre comme un ordre de grandeur, pas comme une mesure sur votre foyer.

Lire la signalétique jeunesse

Depuis 2002, les chaînes ont l’obligation d’apposer à l’écran un pictogramme indiquant l’âge minimal conseillé. Il en existe cinq niveaux :

  • tous publics : aucune restriction d’âge ;
  • -10 : déconseillé aux moins de 10 ans ;
  • -12 : déconseillé aux moins de 12 ans ;
  • -16 : déconseillé aux moins de 16 ans ;
  • -18 : déconseillé aux moins de 18 ans.

La règle pratique est simple : comparez l’âge de votre enfant au chiffre affiché. Si vous avez un enfant de 8 ans et un de 13 ans devant le même poste, c’est le plus jeune qui fixe la limite. Le pictogramme apparaît à l’écran pendant la diffusion, ce qui vous permet de réagir dès le début d’un programme, mais pas de le deviner à l’avance si vous arrivez dans la pièce en cours de route. Pour anticiper, regardez-le sur le programme avant la soirée.

Ce classement est l’œuvre des chaînes elles-mêmes, ce qui explique que ce qui paraît « -10 » sur l’une puisse sembler plus rude à vos yeux sur une autre. Un sondage Ipsos-Télé 7 jours, ancien et sans date précisée, rapportait d’ailleurs qu’une large majorité des Français jugeait la signalétique positive et souhaitait son harmonisation entre chaînes. Autrement dit, le pictogramme est un repère, pas un verdict : votre propre jugement sur votre enfant compte.

Les horaires liés au -12, et leur exception

Les programmes déconseillés aux moins de 12 ans ne peuvent en principe être diffusés qu’à partir de 22 h. Il existe une dérogation : selon le site mon-enfant-et-les-ecrans.fr (source secondaire, à croiser avec l’ARCOM pour les détails à jour), 16 programmes par an, dont 4 films au maximum, peuvent être diffusés dès 20 h 30.

Concrètement, un film « -12 » à 20 h 45 n’est pas anormal : il fait partie de ces quelques exceptions annuelles. C’est justement l’heure où la télé est souvent allumée en famille. Ne vous reposez donc pas sur l’idée « il n’y a rien de déconseillé avant 22 h » : vérifiez le pictogramme, même en début de soirée.

Activer le contrôle parental

C’est le seul levier technique que vous pouvez déclencher vous-même. Selon le CLEMI, il est possible d’activer le contrôle parental sur la box ou sur le téléviseur pour restreindre l’accès à certaines chaînes ou programmes. Il complète la signalétique : le pictogramme informe, le contrôle parental empêche.

La manière de l’activer dépend de votre équipement : opérateur, modèle de box, marque et génération du téléviseur n’offrent pas les mêmes menus ni les mêmes options. Je ne détaille donc pas de procédure unique. Pour la trouver :

  1. repérez de quel équipement dépend votre réception (box de l’opérateur, téléviseur seul, ou les deux) ;
  2. cherchez dans les réglages, la notice ou l’espace client de l’opérateur la rubrique « contrôle parental » ou « verrouillage » ;
  3. choisissez ce que vous restreignez (certaines chaînes, certains programmes) selon l’âge de vos enfants ;
  4. vérifiez que ça marche : depuis le canapé, essayez d’ouvrir une chaîne ou un programme que vous avez bloqué ; si l’accès reste libre, le réglage n’est pas pris en compte.

Je n’ai pas de mesure fiable de l’efficacité du contrôle parental : prenez-le comme un garde-fou utile, pas comme une garantie. Un enfant plus grand peut aussi le contourner, et rien ne remplace d’en parler avec lui. Sur ce terrain, la façon dont vous encouragez votre enfant face à la difficulté pèse autant que les réglages quand une image l’a marqué.

L’angle mort : les journaux télévisés

La signalétique ne s’applique pas aux journaux télévisés. Selon le CLEMI, en cas d’images choquantes, c’est au présentateur d’avertir les téléspectateurs. Pas de pictogramme, donc rien sur quoi s’appuyer à l’écran : l’avertissement, quand il existe, est oral et peut passer inaperçu ou arriver trop tard.

Le JT passe souvent à l’heure du repas, quand tout le monde est réuni. Si vos enfants sont jeunes, deux options simples : éteindre ou changer de chaîne à ce moment-là, ou rester dans la pièce pour réagir. Un tout-petit ne sait pas toujours mettre à distance ce qu’il voit : sur ce point, comprendre pourquoi un petit gère mal le stress aide à décider quand couper.

Sur l’exposition précoce, une source de la petite enfance (étude d’origine et année non précisées) indique que 45 % des filles et 58 % des garçons ont été exposés à des programmes violents à 3,5 ans, et 44 % des filles et 60 % des garçons à 4,5 ans. À prendre avec prudence, mais cela rappelle que la question se pose tôt.

Checklist à la maison

  • Identifier l’âge de l’enfant le plus jeune qui regarde et le chiffre de pictogramme correspondant.
  • Regarder le pictogramme dès le début de chaque programme, y compris avant 22 h.
  • Se rappeler que des programmes « -12 » peuvent passer dès 20 h 30 dans la limite des dérogations annuelles.
  • Activer le contrôle parental sur la box ou le téléviseur, puis tester un blocage.
  • Prévoir une règle pour les JT : chaîne éteinte ou adulte présent.
  • En parler avec l’enfant quand une image l’a troublé, plutôt que de supposer que le filtre a tout évité.

Ces gestes demandent peu de temps. Ils transforment une protection que les chaînes et l’ARCOM posent en amont en protection réelle, à la hauteur de ce que votre enfant regarde chez vous.